samedi 6 juin 2015

Moi, je reste

J'entends souvent des gens autour de moi me demander pourquoi je ne quitterais pas l'Education Nationale pour faire autre chose, pour gagner plus et créer quelque chose, puisqu'on est tout le temps en train de se plaindre et que apparemment, notre métier ne fait plus rêver personne.  C'est vrai qu'on a tous vu ces couvertures d'hebdomadaires qui mettent  sur le dos des enseignants tous les soucis du monde, ou entendu ces gouvernants dire que l'école ne sait plus rien faire qu'il faut tout changer.  Encore ce matin, j'entendais à la radio que l'école ne faisait plus la place à la difficulté et qu'on laissait des enfants sur le bord de la route. Qu'on ne travaillait que pour former l'élite.


Moi je ne partirai pas.  Je n'abandonnerai pas.  Même si c'est dur.  Même si je gagne trois cacahuètes, que je rentre exténuée et frustrée certains soirs.  
Après 17 ans de classe, j'y crois encore.  Et j'espère toujours semer un petit quelque chose qui restera.  Qui restera.  Qui restera.   Je ne le vois pas toujours.  Je suis triste aussi parfois quand les anciens élèves semblent ne plus me connaitre dans les couloirs de l'école.  

Ce soir, nous sommes allés écouter Emma qui chantait avec sa chorale.  Dans ce groupe, il y a une jeune fille que j'ai eu en classe il y a maintenant 6 ans.  Aujourd'hui, collègienne,  elle a dit Emma quelque chose qui m'a un peu chamboulée.  Elle lui a dit qu'elle avait adoré cette année-là dans ma classe, qu'elle se souvenait de tout, Biscotte, son cousin Crakers, leur voyage chez les indiens.  Elle a dit  qu'ils y avaient tous cru à cette histoire de souris, même s'ils savaient bien que c'était une peluche.  

Biscotte, Molette et Crackers, lors de leur aventure en Amérique chez les indiens
C'est pour ça que je continue.  
Et même si je ne peux pas résoudre toutes les difficultés, et dieu sait s'il y en a et de plus en plus, même si on nous accuse de tous les maux, moi je reste.




lundi 25 mai 2015

a taste of summer

Pendant que moi je m'agite dans mon école avec la fin d'année qui approche, mes enfants ont déjà un pied dans l'été.
Oh bien sûr, il y a des examens, des attentes d'orientation et des incertitudes sur l'avenir, mais le nom de ce blog n'est-il pas "Silver Lining"?  

Charlotte profite de ses dernières semaines à Toulouse avant un grand saut vers l'est, 

Emma fait de la couture à longueur de journée et réalise enfin son rêve de se faire ses vêtements.

Martin se lance dans la calligraphie et n'en finit plus de faire des lignes d'écriture, c'est tellement éloigné de son clavier n'est-ce pas?

Parfois, je n'en reviens pas d'avoir des enfants si créatifs.  Pour moi, c'est vraiment le plus beau cadeau.

Charlotte toute en couleur

Emma 







mercredi 13 mai 2015

Ce matin dans la classe

Nous voilà de nouveau à l'école pour le dernier trimestre, et ce matin en entrant dans ma classe vide et silencieuse, j'ai eu envie de prendre l'appareil photo et de vous montrer ce qui se passe, certains jours dans ma classe.


Le coin regroupement, "usine à penser" de la classe

une petite dictée de mots pour s'échauffer
 Moi j'adore voir sur d'autre blogs les classes d'ailleurs, et les petits loulous en activité. J'adore parce que les photos ne montrent que ce qu'on a de meilleur.  Ça ne fait pas de bruit une photo, ça ne remue pas, c'est un instantané qui, même pour moi, me rappelle pourquoi je fais ce métier.

Il faut dire qu'au dernier trimestre, notre petite communauté se connait bien. Ça roule. On a appris à vivre ensemble  (ou à se supporter pour certains, il faut bien le dire). 

Mais ceux que je préfère, ce sont les plus petits.  Mes 6 petits CP, qui sont devenus de vrais lecteurs, sont devenus aussi de vrais mathématiciens.
Et ce matin, comme tous les mercredis matins, j'ai le grand bonheur de n'avoir que ces 6 CP pendant que les CE1 sont à la bibliothèque.  40 minutes de relation privilégiée.  Autour des maths.  Et oui, même moi qui n'aimais pas les maths et qui me suis mise à les aimer  (voir ici) je me régale à les voir manipuler les nombres. Ce matin, une activité de calcul:  on lance 2 dés, ce qui détermine quels sachets de cubes on prend. Dans chaque sachet, des cubes qu'il faut dénombrer en groupant, et qu'il faut dessiner sur sa feuille.  Quand les 2 sachets ont été dénombrés, on les additionne en faisant les groupements nécessaires.  On pose le calcul en colonne et là, MAGIE, on vérifie avec la calculette si on a bien trouvé.  

Je groupe mes cubes pour savoir combien il y en a


31, je les dessine sur ma feuille





C'est l'occasion aussi de revoir avec un enfant son "histoire de maths" qu'il a créée lui-même, mais qui n'avait pas beaucoup de sens.  


Je change les pommes contre des artichauts.



Et enfin, on trie en choisissant le critère:  ici, on trie des formes géométriques et c'est le nombre de côtés qui a été choisi.   Quand le relevé de données est fait, il faut interpréter le graphique et écrire des phrases en utilisant les mots "moins", "plus" ou "autant".  



Les CE1, pendant ce temps-là, ont élu "Emma à New York" comme leur livre préféré parmi ceux proposés par le concours "les inccoruptibles".  Je n'y suis absolument pour RIEN, promis.
Après la récréation, direction le jardin pour notre (première) visite de l'année  (j'ai honte). On désherbe et on adore ça, mais le mieux, c'est de planter des graines.  
  
désherbage. 


graines en tout genre.

Et tout ça sous le soleil


mercredi 6 mai 2015

Les trois amis à New York: Le film!



Martin m'a aidée à fabriquer ce petit film.  Il n'y a pas toutes les pages de texte, mais le principal est là n'est-ce pas?  
Le livre va partir en tournée dans les familles, et comme je ne sais pas dans quel état il reviendra, il valait mieux mettre tout ça dans la naphtaline (numérique).
Pour la musique, voyons, quel autre morceau pouvais-je mettre que "My Silver lining" de First Aid Kit? 


mardi 21 avril 2015

Projet Biscotte: the end!

Il y a un petit moment que le grand livre de Biscotte est sur la table du salon, à la maison, avec ses finitions à faire.  Du collage, de la pagination, du rafistolage, et finalement beaucoup de bidouillage à ma sauce pour éblouir les petits.  
Alors, ce matin, même s'il reste encore des petites choses à faire, et comme j'ai terminé hier soir la reliure, je n'ai pas résisté, je l'ai emporté à l'école et l'ai déposé, sans rien dire sur le chevalet du coin regroupement.

A 9h, ne tenant plus, les enfants se sont regroupés et nous avons ouvert et lu "Les trois amis à New York", un livre écrit, illustré et animé par eux.  

J'ai prévu de vous le montrer en entier, page à page, et de filmer les animations, mais pour le moment, voici quelques clichés pris ce matin, alors que les enfants redécouvrent leur livre, avec leurs illustrations, leurs textes.   Je suis si  contente.
Les trois amis à New York

Le pont de Brooklyn en action, les piliers se lèvent

Le pont de Brooklyn, à plat, avec ses éléphants dessus


On actionne la machine à super héros  ....

.....et les roues de Coney Island

On retrouve son propre texte

lundi 30 mars 2015

21 éléphants sur le pont de Brooklyn (en papier)

Aussi lourd que 21 éléphants qui traversent le pont de Brooklyn, le projet Biscotte touche à sa fin.










Aujourd'hui, un petit groupe de filles a terminé cette page, car je n'ai plus le courage de prendre toute la classe autour de ces finitions.  Chacun en fait un petit bout et on avance, péniblement, vers l'achèvement des travaux.











Donc, voici le pont, qui  enjambe l'East River, d'un côté, le "village" de Brooklyn, et de l'autre, Manhattan, avec ses gratte-ciels.  Les piliers du pont ont connu 2 versions, la précédente étant trop grande.  Il a fallu les serrer les 21 éléphants du cirque Barnum, mais ils sont tous là.  Il faudra ajouter les câbles  (peut-être).
Le tout se plie tant bien que mal pour disparaitre entre les pages de ce grand livre. 

La couverture avance à petits pas, et il a fallu voter, aujourd'hui pour le titre de l'histoire.  Moi, j'avais une préférence pour "Le grand secret de New York", mais les enfants ont choisi d'autres titres  (tous inventés par eux) et le deuxième tour des élections aura lieu demain. 


mardi 24 mars 2015

Projet Biscotte: quand la statue de la Liberté cache des choses

Hey everyone,  les enfants ont enfin terminé la statue de la Liberté et les cachettes des pirates. C'est animé avec des volets derrière lesquels on trouve des prisons, des coffres à pièces d'or, une boucherie, une chambre à coucher, un guetteur (dans la couronne), et une série de cachettes disons, indéterminées.
  Je vous la montre, même si il manque quelques nuages en coton pour le ciel.  On verra ça demain.  Je suis lessivée.   

En bas, c'est la boucherie, et en haut à gauche un pirate, et les deux autres cachettes?  Mystère.

Les coffres aux trésors!

Le projet sera fini quand:
-On aura fait la couverture
-On aura fini ce satané  Brooklyn Bridge, que j'ai dû refaire car les piliers étaient trop grands et ils dépassaient du livre.  Et pourtant le livre est grand.
-On aura trouvé un titre qui colle à l'histoire.  
-On aura collé les non moins satanés 21 éléphants sur le pont de Brooklyn.
-On aura trouvé un moyen de faire se redresser les gratte-ciel de central Park.

Et, petit souci mais pas le moindre:  Je fais comment pour relier tout ça?  Ca pèse 300 kg.
"Avec du scotche!"  m'ont-ils dit.  Well, yes.  Right.

jeudi 5 mars 2015

What the teacher wants

Ces vacances scolaires marquent un vrai tournant dans mon année.  Et même plus.  J'ai laissé ma classe en chantier avant ces 2 semaines et me voilà en pleine réflexion sur ce que je veux vraiment.
D'abord, je ne veux pas arrêter ce projet Biscotte, mais là c'est pathologique.  Biscotte, c'est plus qu'une stupide souris voyageuse.  En lisant et en écrivant ses aventures, les enfants se sont bien amusés, mais moi c'est plus profond que ça.  Dans chaque photo, dans chaque épisode, dans chaque page de ce grand livre que nous faisons, moi je cherche des résonances.  Des trucs qui me raccrochent à ce que j'aime.

Et puis chaque fois que je m'apprête à fermer mon ordi, cette photo, là, qui est mon écran d'accueil me saute à la face comme pour me retenir.


Pendant ces vacances, j'ai aussi décidé de reprendre à plein temps.  Je ne suis pas certaine de savoir la vraie raison de cette décision.  Il est temps de reprendre en main ma maigre carrière, d'arrêter les échappatoires qui ne me mènent nulle part.  Je m'ennuie beaucoup dans ma vie à la maison, alors... voilà l'école à ma rescousse.

Ce que je veux?  Je veux partir.  C'est dit.  Je veux donner à ma vie d'instit une autre dimension, un nouvel élan,  je veux aller voir ailleurs comment on vit, je veux sortir de ma zone de confort.  
En réalité, et à force d'y réfléchir, je sais ce qui m'arrive:  je veux revivre ce que j'ai connu à 18 ans quand je suis partie aux Etats-Unis, rencontrer des gens, m'ouvrir l'esprit, mais avec le recul et la grande sagesse de mes 44 ans, je me dis que peut-être je peux aussi apporter quelque chose.   Mais ces 26 dernières années m'ont aussi apporté 3 enfants et un mari et je ne peux pas partir.   


Voilà ce qui me préoccupe en ce moment.  Avec un peu de chance, quand j'aurai repris le chemin de l'école lundi, je n'y penserai plus, je serai happée par le quotidien.

mardi 10 février 2015

Projet Biscotte: Coney Island à la sauce de chez nous

Je crois bien que cette double-page du grand livre de Biscotte aura beaucoup marqué mes élèves qui ne pouvaient plus s'arrêter de construire des manèges.  Oui.  Enfin.  Des maisons hantées.  Des trains fantômes.  Et des grandes roues. Et des montagnes russes.  Mais surtout des trains fantômes.Avec des squelettes et des momies.  
Une imagination à faire pâlir Dracula.  Et à le réveiller.  Et dire que je n'ai jamais mis les pieds dans un train fantôme.   "T'as peur, hein maitresse?".    








Coney Island s'ouvre devant vous, avec ses maisons hantées qui s'alignent sous le ciel étoilé de New York, ses 2 grandes roues  (qui tournent!), ses montagnes russes que l'on doit tirer pour qu'elles se lèvent et deviennent "russes".

Tout se replie et s'aplatit quand on ferme cette double-page.  Tout devient plat comme une crêpe.  Invisible.  

Et au dos, et bien c'est ce qu'on a appelé "le mur des super-héros".  Et là, ça laisse Biscotte perplexe, et il n'y a pas qu'elle.  
La voilà qui contemple une grande page vide, les yeux levés devant ce mur.   Les super-héros, (et attendez un peu de voir nos super-héros), vont s'animer, ou se balancer, ou se cacher, ou danser.... ou....

Je laisse les enfants trouver une solution, car moi, en ce début février, l'hiver m'a achevée. 
Et je ne vous ai même pas encore parlé des 21 éléphants faits aujourd'hui, prêts à traverser le pont de Brooklyn.  Mais ça, c'est une autre histoire.


Biscotte est perplexe devant le mur des super-héros






mardi 3 février 2015

Projet Biscotte: Hors de contrôle

Au fur et à mesure des pages, ce projet ne m'appartient plus. 
La fin que j'avais imaginée s'efface peu à peu pour aller vers de nouvelles aventures, incontrôlables.  Les enfants sont devenus les maîtres du jeu, et moi je suis.  J'avais  pas  tout à fait prévu que Biscotte parte sur les traces de Emma qui est enfermée dans la statue de la Liberté et gardée par des pirates. Mais l'imagination des enfants en a décidé autrement.


Il faut les voir, bricoler à n'en plus finir, à en oublier d'aller manger à la cantine, et les entendre aussi  "Moi j'ai une idée de génie!", ramenant de la maison leurs expériences en matière de livre animé bricolé maison.

Aujourd'hui, nous avons fini la page qui illustre les retrouvailles de Biscotte et de son papi Old joe, sous le pont de Brooklyn, dans la cabane sur les cables.  C'est le moment où je pensais que l'histoire allait se terminer, Emma allait être retrouvée, peut-être même qu'elle n'avait jamais disparu.
Mais.....  tout a dérapé.

Et nous voilà, malgré moi, en route pour la statue de la Liberté.